Raymonde Vincent, Prix Femina 1937

Raymonde Vincent naît dans le hameau de Villours sur la commune d’Argy en 1908 dans une famille de paysans puis habite à La Tirataine à l’orée du bois sur la commune voisine de Saint-Lactencin, où son père a bâti lui-même une maison de trois pièces avec un jardin et un hangar. Mais à  l’âge de quatre ans, elle perd sa mère et change à nouveau de maison pour vivre, après un dernier passage dans la chambre de sa mère morte, avec sa vieille grand-mère à Fouillereau, hameau de Chézelles, autre commune voisine. Si ces distances nous paraissent négligeables aujourd’hui, ces déplacements sont de vrais bouleversements  dans la vie d’êtres dits pauvres et peu éduqués. C’est par elle-même que la petite Raymonde apprend à lire grâce à quelques journaux et surtout aux leçons de catéchisme. Les marches à pied vers l’église de Saint-Lactencin pour la messe sont de longues marches dans le naturel profond des plaines boisées de la Champagne berrichonne  et  vers le surnaturel sacré que Raymonde saisit dans chaque détail de la route. 

Elle engrange des souvenirs d’assemblées de village à Villours, de paysages vécus où le rouge et l’or flamboient, de silence dans les soirées des fermes où les habitants ne se livrent guère par la parole mais par le moindre geste observé. La dureté apparente cache parfois la grande sensibilité des êtres, révélée par les événements douloureux qui frappent les familles en ces temps de guerre, de gel et de travail pénible au champ. A treize ans, il faut partir à Châteauroux, dans les ateliers de confection des « 100000 chemises », où elle attend le moment de partir plus loin, à Paris. 

A 17 ans, en 1925, elle tente une vie nouvelle dans la capitale, se retrouvant modèle pour des peintres tels que Christian Caillard ou Giacometti. Côtoyant le monde des arts, elle rencontre au Dôme un critique littéraire suisse, Albert Béguin, directeur de la revue Esprit. Ils se marient en 1929 et Raymonde découvre le monde la littérature. Elle fréquente de grandes plumes comme Bernanos ou Jean Giraudoux et elle écrit elle-même. Ouverte au monde par ses voyages avec son époux, c’est dans son enfance et son for intérieur qu’elle puise l’inspiration de son premier roman, « Campagne », publié chez Stock, couronné du Prix Femina en 1937. Même si l’éditeur signale qu’il ne s’agit nullement d’une autobiographie, il est difficile de ne pas y lire la propre expérience de Raymonde, comme dans les huit romans qui suivront jusqu’à son ouvrage posthume, « Le temps d’apprendre à vivre ».

Quand la guerre arrive, Raymonde se réfugie en Berry à Laleuf puis aux Galéteries sur la commune de Saint-Maur, où elle avait passé une partie de son enfance, au domaine de La Lienne. Venue déjeuner au restaurant de La Croix-Banche, tenu par Sarah Caryth, elle réagit à la remarque d’un milicien installé à une autre table estimant, à l’annonce du débarquement à Alger,  que les Français avaient encore grand besoin de coups de pied dans le cul. Femme engagée du côté de la Résistance, elle le traita de « sale petite ordure » et sema le trouble dans la salle. Elle revint s’excuser auprès de Sarah Caryth qui la félicita avec un visage radieux.

Le prix Femina avait changé les conditions matérielles de sa vie mais jamais comblé le fossé qui se creusait avec Albert Béguin, intellectuel aspirant à la maîtrise de l’intelligence et à l’admiration des autres. Elle vécut finalement séparée de son époux à la fin des années cinquante et revint à nouveau en Berry, dans le sud du département de l’Indre, à Saint-Chartier, où elle meurt en 1985. Sa demeure terrestre finale est dans le cimetière de Saint-Lactencin, où elle rejoint les terres heureuses de son enfance, celles qui ont façonné l’écrivaine chrétienne, un grande plume dont on peut mesurer l’élévation perpétuelle de l’esprit, jamais prisonnier des contingences de la vie. 

Auteur : Isabelle Hannequart (DPI OK)

Pour approfondir : Raymonde Vincent, Campagne, Stock, 1937 

Raymonde Vincent, Le temps d’apprendre à vivre, Julliard, 1998 

(disponibles à la médiathèque d’Argy)

FAIRE LA BIBLIO COMPLETE

PS : Raymonde Vincent est née dans le hameau de Villours sur la commune d’Argy, a vécu avec son père à La Tirataine (Saint-Lactencin) puis dans la maison de sa grand-mère à Fouillereau sur la commune de Chézelles ; elle est enterrée dans le cimetière de Saint-Lactencin, où elle venait à la messe avec sa grand-mère 

Pour approfondir :

  • Raymonde Vincent, Campagne, Stock, 1937
  • Raymonde Vincent, Le temps d’apprendre à vivre, Julliard, 1998
  • (disponibles à la médiathèque d’Argy)

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